2019-04 Yoga, mes pensées du moment

Alors, quelle est ma vision actuelle du yoga, mon chemin et ma position en tant qu’enseignant ?
(écrit en Avril 2019 à Rishikesh)

Je ne pense pas avoir beaucoup changé, au fur et à mesure que je continue sur mon chemin, que je rencontre d’autres pratiquants et enseignants, mes pensées initiales se confirment. Les choses deviennent plus claires et s’affirment sans doute un peu plus. La place du corps dans le yoga est importante, comme dans toute forme de vie. Dans la logique du yoga, le corps est notre base. La vie, les mauvaises pratiques ont tendance à nous désaligner. La beauté de la pratique du yoga physique, des asanas, réside dans le fait qu’elle peut nous réaligner.
Les asanas sont aussi des postures qui nous poussent au-delà des bases, nous obligent à améliorer notre souplesse, notre force et notre conscience corporelle. Ce n’est pas une détente, c’est un travail ardu qui nous permet d’aller du brut au subtil. En nous tordant, en nous étirant, en travaillant nos corps, nous ouvrons nos épaules, nos cœurs, nos hanches et notre bassin. Ces ouvertures créent un espace pour que notre corps fonctionne mieux. En rendant notre colonne vertébrale plus droite, plus forte, nous respirons mieux et ainsi tout notre corps, notre cerveau ne peuvent qu’en bénéficier. Au fur et mesure que notre force et notre compréhension de nous-mêmes se développent, que nous gagnons en équilibre, nos peurs et nos angoisses s’en trouvent réduites. Cela nous aide à nous calmer, réduit l’agressivité et induit plus de compassion et de compréhension de soi, de l’autre.
Associé aux fondements et les valeurs de l’asthanga yoga de Patanjali, chaque pratiquant ne peut que se bonifier.
Mais le yoga est avant tout une expérience, nous ne pouvons pas apprendre des livres ou par ouï-dire. Nous pratiquons, nous expérimentons, nous utilisons des livres pour nous aider à comprendre ce que nous vivons et nous progressons avec notre propre expérience. Un enseignant n’est pas là pour nous dire ce que nous devrions ressentir, mais comment nous devrions nous asseoir et nous ouvrir à nos ressentis. Un enseignant doit aider à mettre un pratiquant dans une posture et travailler dans cette posture de manière à obtenir l’expérience. Un professeur de yoga n’est pas un prêcheur.
Donc, les détails sont importants, l’alignement est important, l’effort correct et l’engagement sont importants, l’utilisation des accessoires est importante.
Lorsque j’entends les enseignants dire qu’ils ne sont pas concernés par ces aspects techniques et qu’ils utilisent leur classe pour proposer des états d’esprit et induire des émotions. Ceci est pour moi une induction, une pratique basée sur la croyance, ce n’est pas du yoga.
J’ai expérimenté cela avec les prêcheurs et certains gourous, avec les pratiques de kundalini yoga et récemment avec les pratiques de yin yoga. Je souhaite proposer du yoga passif et réparateur dans un atelier qui mènera à du Pranayama et à la méditation, de sorte que j’ai dû en apprendre davantage sur le Yin Yoga. Certains aspects de la pratique sont intéressants, mais ils semblent opposer le yin et le yang en catégorisant les choses, les parties du corps, les attitudes et les pratiques. Selon ma compréhension, le yin et le yang sont liés, ils existent ensemble et l’un dans l’autre. Donc, encore une fois, il semble que la terminologie soit extraite de son âme originale et soit utilisée comme un slogan pour commercialiser une partie réduite de la pratique globale du Hatha Yoga, tout comme d’autres sectes de l’incroyable monde des pratiques variées du yoga.
Dans le cas des pratiques de Kundalini que le culte d’Osho a largement utilisées, l’hyperventilation associée à des pratiques de culte peut donner de l’effet. Dans le cas d’asthanga vinyasa, si le praticien a atteint l’excellence dans les postures individuelles, pourquoi ne pas les exécuter comme une séquence, mais passer d’une posture à l’autre, en prenant une ou quelques respirations pour la sentir, pourrait causer plus de dommages et des blessures, même pour un praticien avancé. De plus, comme j’ai appris récemment, une personne naturellement flexible peut entrer dans l’apparence de la posture telle qu’elle devrait être exécutée, mais comme il n’y a pas d’engagement et de travail pour ouvrir le corps, la personne ne ressent rien. Son travail est alors celui de l’apparence et les avantages de la pratique du yoga ne sont pas pas obtenus, mais vus de l’extérieur tout semble parfait. Sur le plan mental, ces pratiques peuvent également être nocives, elles induisent souvent de la compétitivité, se rattachent à la réalisation d’un objectif mesurable, deviennent une performance. Vouloir faire la série complète, atteindre le nirvana de façon rapide, de risquer de se pousser au-delà de ses limites physiques sont souvent au menu de nombre d’enseignements de yoga. Le yoga n’est pas censé être une séance d’entraînement, c’est censé être une séance d’approfondissement, une recherche de soi, un travail intérieur.
Je me sens donc chanceux d’avoir rencontré et été introduit à la méthodologie BKS Iyengar dans mon entraînement et ma pratique. Cela s’ajoute à mes formations à la tradition du hatha yoga, qui comprenait la compréhension des 8 membres de l’Astanga yoga de Patanjali ainsi qu’a la diversité des pratiques disponibles. Un enseignement ou la progression se fait étape par étape, de façon cohérente et soignée. Cela signifie que certaines pratiques sont inutiles si la base n’est pas entièrement comprise ou expérimentée. Ceci s’applique à certains asanas, mudras, kriyas qui font partie des pratiques tantriques. Oui, le tantra est le yoga et vice-versa. Par contre, ce que certaines personnes appellent le tantra, c’est encore une fois, souvent, une utilisation galvaudée d’une terminologie porteuse et recherchée sur Google. Certains évoquent même une femme sadhu rencontrée dans une rue de Varanasi qui les initia à la danse rituelle de Shiva, le tandava. Cette danse existe dans les textes et certaines chorégraphies traditionnelles illustrent cette partie de la mythologie hindoue. Ce que je vois et lis semble être basé sur des croyances, vendant des fantasmes d’hindouisme occulte et mystique, la plupart du temps, d’hindouisme érotique basé repris du Kama sutra, qui n’ont rien a voir avec le Tantra ou le Yoga, il s’agit d’érotisme, de sexualité et de plaisirs tout simplement.
Pour en revenir au yoga, à mon approche, mon parcours, je suis heureux de m’être ouvert à la variété et la richesse des pratiques au travers de mes formations. Je ne suis lié, affilé à une ligne ou une autre, je me nourris et j’essaye d’intégrer cette variété au fur et mesure que mon chemin se déroule devant moi. Je ne crois pas à la pureté, je ne crois pas à la perfection. Certains praticiens Iyengar semblent ne s’intéresser qu’à leur corps et cherchent l’alignement parfait, ils me semblent être un peu rigides dans leur quête de perfection. Un autre point qui concerne la plupart des praticiens spécialisés est qu’ils semblent oublier la base de l’enseignement de Patanjali, à savoir la non-violence et la convivialité, la vérité et l’acceptation, le non-attachement et la non-convoitise. Comprendre et accepter la loi du karma fait également partie de la tradition yogique. La loi du Karma est que l’action prévaut dans ce monde et que nous devons agir avec les meilleures intentions possibles tout en limitant nos attentes. Nous devons faire pour le plaisir de faire et non pour les gains que nos actions pourraient apporter.
En tant qu’enseignant, mon rôle n’est pas de prêcher une morale ou des valeurs, je ne peux être que pratiquant moi-même sur mon propre chemin, vivant mes propres expériences, problèmes et incohérences. Je ne peux que partager cela. En tant qu’enseignant, je dois être capable de guider correctement mes élèves sur le tapis et de leur donner la possibilité de vivre leur expérience et de les aider à comprendre, travailler et progresser à travers leur corps physique. Plus que tout, j’ai le sentiment que je dois leur donner la liberté de pratiquer et d’expérimenter dans un environnement sûr pour partager et poursuivre leurs pas, un à la fois.

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