2017-12 2018-01 Varkala, les stages de yoga

De début décembre à fin janvier les stages se sont enchaînés sans aucun repos ou répit. Chaque visiteur et groupe avait sa particularité et ses exigences, dans l’ensemble je pense avoir su proposer un programme adapté à chaqu’un. J’étais au four et au moulin, de l’accueil en pleine nuit, au ménage et la préparation des chambres, le planning des massages et des transferts en rickshaw, les cours, les ateliers, les excursions, et les attentions pour chaque personne. La gestion des repas et de la maison était assurées par Thangal, sa femme et son ami Siddiq. J’ai du faire appel à une autre cuisinière pour le premier stage car la femme de Thangal a accouché le 15 décembre ce qui a été un élément additionnel à gérer pour eux comme pour moi. Ils logeaient à la maison depuis mon arrivée car il y avait des tensions dans la maison familiale de Thangal. Il était initialement prévu que femme et nouveau né, comme le veut la tradition locale, soient pris en charge par une femme en dehors de la maison familiale, mais la famille d’accueil ne plaisait pas trop ni à Thangal ni à sa femme. J’ai accepté qu’ils passent la période charnière des 40 premiers jours à la maison. Une vie de famille s’installait ainsi chez moi. Pour les stagiaires cela permettait de vivre une experience immersive dans les coutumes locales. Pour moi, cela grignotait mon intimité et ajoutait du bruit dans mon quotidien déjà chargé. Il ne s’agissait pas du bruit des pleurs du nouveau né, il ne produisait quasiment aucun son, il s’agissait tout simplement des activités de famille avec un nouveau né, les lessives incessantes, les visites de la famille, la baisse d’attention vis a vis des tâches à effectuer pour la maison. A cela c’est ajouté de la fatigue qui a permis à un rhume et une fièvre de toucher chacun d’entre nous. Du côté des stagiaires aucun soucis, nous faisions notre maximum pour que leur experience soit la meilleure possible. Je ne doit pas pour autant oublier de mentionner l’hébergement qui m’a posé de gros soucis. J’avais prévu d’utiliser un prestataire qui loue de bungalows non loin de la maison. Il s’est avéré que le service n’était pas à la hauteur. Dans un premier temps j’ai du participer à la préparation des bungalows qui n’étaient pas prêt, puis je ne pouvais que constater que la sécurité des lieux n’était pas assuré, que les chiens errants y avaient élus domicile et que le service n’était pas à la hauteur. J’ai du gérer les mécontentements et trouver une alternative pour les prochains arrivants. Je me suis reporté sur une guesthouse avec un accès direct à la plage, les chambres étaient propres mais plus étriquées que les bungalows, le lieu était sécurisé et beaucoup plus calme. Ici le propriétaire et son garde de nuit étaient le soucis majeur, le premier était ingérable et incompréhensible, le second assurait le calme des lieux en étant lui même source de dérangements. Dans l’ensemble j’ai pu gérer les diverses situations qui m’ont étés servies, mais cela a été dur et laborieux. Pour une grande partie des stagiaires, c’était la première visite en Inde, les standards n’étant définitivement pas les mêmes, surtout en terme d’hébergement et de service, ce que je leur proposais était pour certains trop rustique. J’essayais d’offrir un bon rapport qualité prix et au final j’étais celui qui en a le plus souffert, ayant a pallier pour les diverses déficiences. Si je propose à nouveau des stages en inde, je proposerais un hotel / resort équivalent à un trois étoiles occidental, les personnes souhaitant un meilleur prix auront le loisir de le faire, je laisserais les personnes gérer cette partie directement, me libérant ainsi complément de la gestion hôtelière.
Au niveau des cours et des ateliers, tout s’est passé sans heurts et tous les stagiaires m’ont complimentés sur la qualité, la richesse et le sérieux de mon enseignement. Cette saison j’ai ajouté une offre de cours de massage, j’ai ici aussi été complimenté pour la qualité de mes cours.
La partie massage s’est également très bien déroulée, j’ai utilisé le meme prestataire que l’année dernière, il s’est très bien adapté aux exigences de chacun.

Le bilan est donc très positif mais l’obtention de ce résultat aura fait des dégâts, certains sans importance, d’autres sans doute plus, le temps me le dira. Le plus lourd aura été ma capacité à gérer autant de choses, de personnes, de prestataires. J’ai du a une reprise ou une autre me fâcher avec eux, je n’aime pas cela. A certaines reprises je ne me suis pas senti respecté, je n’aime pas cela. Ma petite famille indienne s’est disloquée, les pourboires, pour certains surdimensionnés, n’ont sans doute rien arrangé même si ils leur sont bien utile. Les coffres ayant été remplis, la motivation au travail a disparu et, face à cette situation, l’amitié à laquelle je croyais a perdue une partie de sa valeur, elle a fondue au soleil. Cette situation était sans doute inévitable, elle est regrettable, elle m’a naturellement blessé. Je ne regrette pas ce que j’ai essayé de faire et d’avoir laissé faire les choses pour que de part et d’autre les personnes soient libres de leurs actes. Mais force est de constater que cela ne me convient pas et que je devrait adapter mon approche si c’était à recommencer.
Il s’est passé beaucoup de choses cette saison, sans doute trop pour que je puisse tout dire, tout commenter, tout comprendre. J’ai comme un sentiment d’urgence de me préserver. Depuis quelques années je me suis ouvert, j’ai ouvert mon petit sanctuaire, j’ai l’impression qu’il n’a pas tenu le choc.
Il est possible que la complexité de la situation en Inde ne me permette pas de pouvoir recommencer. Il est probable qu’il soit plus sage que je m’occupe plus de moi, et peut être plus que de moi. Cette phrase je ne cesse de la répéter d’année et année, elle s’intensifie. A chaque fois je module, je change, j’évolue mais je n’ai toujours ni trouvé l’équilibre ou l’équipe avec laquelle je puisse m’associer. Je progresse néanmoins. Je dois poursuivre la construction de mon petit ashram, y vivre et sans doute y accueillir des personnes car ma nature est chaleureuse, accueillante et bienveillante. Mais, pour en ouvrir les portes, cette expérience semble me dire qu’il est nécessaire de définir des règles de vie, de partage, des règles plus claires et sans doute plus strictes pour faire vivre mon sanctuaire. Ce n’est que comme cela que je pourrais progresser et éviter certains revers et travers, et surtout me préserver. Une selection semble inévitable, je vais devoir maintenir ma garde, exprimer mes critères et garder ma féerie vivante.

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